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Les programmes de maternelle menacés

jeudi 17 décembre 2020

Arguant de la scolarisation obligatoire dès trois ans, le conseil supérieur des programmes (CSP) a publié une note qui marque un changement profond dans l’orientation des programmes de l’école maternelle. Alors que les programmes de 2015 ont été unanimement accueillis par la profession et la communauté éducative, les propositions du CSP sont très loin de faire l’unanimité.

Les programmes de 2015 ont été le fruit d’une longue et largue consultation de la profession mais aussi de la communauté éducative. Construits dans une véritable démarche collaborative, ils ont été votés unanimement au conseil supérieur de l’Éducation (CSE) en 2015, rappelle SNUipp-FSU dans son communiqué. « Il y a la volonté », affirme le syndicat, « d’attaquer l’école maternelle dans ses fondements ».

Pour rédiger la note « d’analyses et de propositions sur le programme d’enseignement de l’école maternelle », le CSP n’a consulté aucune organisation syndicale, aucun enseignante ou enseignant non plus et les rares références scientifiques abordées sont celles gravitant autant du Ministère, tels que Stanislas Dehaene ou encore Alain Bentolila. Et ce n’est pas vraiment une surprise, déjà en 2018, dans le dossier de presse du ministère de l’Éducation nationale et en 2019, dans la circulaire de rentrée, le ton était donné. Le CSP ne fait que reprendre à son compte les orientations ministérielles, devenant de fait, sa courroie de transmission. C’est aussi à nouveau l’exemple du peu de cas que fait ce ministère de la professionnalité enseignante et de sa conception très singulière d’une « école de la confiance... »

Alors que les programmes 2015 placent l’enfant, et son développement, au centre des apprentissages, la note insiste sur le fait que les élèves de maternelle doivent être préparés à l’entrée en élémentaire. Cette préparation subordonne de fait l’école maternelle à l’élémentaire, faisant perdre de vue l’identité même de cette école si spécifique. « Les trois années de scolarité préélémentaire doivent assurer à tous les enfants des acquisitions qui leur seront nécessaires pour aborder avec confiance le cours préparatoire. Sans pour autant être l’antichambre de l’école élémentaire (sic), l’école maternelle doit permettre à tous les enfants d’accéder sans difficulté préalable aux apprentissages fondamentaux ». Les programmes de 2015 avaient trouvé un équilibre entre la nécessaire préparation au CP et les objectifs spécifiques liés aux apprentissages des jeunes enfants. Les propositions de la note du CSP tendent à une réduction des programmes aux fondamentaux, et ce dès la maternelle, loin de l’objectif ambitieux d’une culture commune pour tous.

Autre sujet d’inquiétude, les évaluations. Le CSP en préconise dès la PS et en GS, avec pour seul objectif d’en faire un outil de pilotage des enseignements. Une préconisation qui démontre encore une fois le manque de connaissance de l’école maternelle et des enfants qu’elle accueille. Mettre en place des évaluations normatives à un instant T, c’est faire fi des différences de rythme et de développement des élèves, c’est créer artificiellement de l’échec en traduisant les résultats en réussites ou échecs prédictifs d’une trajectoire scolaire. L’école maternelle doit rester le lieu de l’évaluation fondée sur l’observation des élèves en cours d’apprentissages à l’échelle du cycle.

Suite de l’article et communiqué de presse du SNUipp-FSU ici.

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