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11 mai : quelles conditions de reprise ? (2)

samedi 25 avril 2020

L’annonce d’un déconfinement devrait nous ouvrir des perspectives positives et réjouissantes. Or pour beaucoup de collègues, mais aussi des collectivités comme des familles, l’inquiétude est vive.

Les enseignant∙es et AESH sont tiraillé-es entre le souhait de retourner en classe, de retrouver leurs collègues, leurs élèves (ou au moins une partie, notamment celles et ceux qui ont pris, en cette période de confinement, de la distance avec l’école) ET la protection de leur santé et de celle de leurs proche parfois « fragiles ».

Le virus n’a pas muté, et si les études et le conseil scientifique pensent que les plus jeunes sont peu porteurs du virus, il faut le prouver . Une étude de l’Inserm en date du 12 avril 2020 le précise d’ailleurs : School are assumed to remain closes (les écoles devraient rester fermer). La situation à l’international, au Japon par exemple avec une réouverture des écoles puis leur seconde fermeture, nous montre que la prudence doit être de mise.

Évidemment, il y a les inégalités sociales qui sont fortement accentuées en cette période de confinement. Celles et ceux qui ont les moyens de télétravailler sont bien souvent les catégories socioprofessionnelles supérieures. Les autres continuent de travailler sur leurs lieux de travail. Les enseignant∙es du Calvados et d’ailleurs ont rivalisé d’inventivité et d’ingéniosité pour tenter de maintenir un lien avec tous les élèves et de réduire la fracture numérique mais cela ne suffit pas car elle vient bien souvent d’ailleurs. L’école ne pourra pas, à elle seule, effacer toutes les inégalités qui sont bien souvent et avant tout d’origine économiques, sociales, territoriales et culturelles.

Le SNUipp-FSU n’a pas attendu le coronavirus pour lutter contre les inégalités sociales qui ont bien souvent des répercussions en matière de réussite scolaire.

Aujourd’hui le Président, son Premier Ministre et le Ministre de l’Éducation Nationale mettent en avant cette lutte contre les inégalités pour rouvrir les écoles et semblent s’inquiéter de cette situation qui n’est pas nouvelle. La crise a mis en lumière ces difficultés, ces fractures sociales, ces fractures de classe qui existent depuis des années dans notre pays. Le SNUipp-FSU et sa fédération la FSU portent depuis toujours des mandats clairs sur ces questions et c’est pourquoi ils s’engagent dès maintenant dans la construction d’un « après » avec plus et mieux de services publics pour une société plus juste et plus solidaire. La pétition #PlusJamaisCa# a recueilli déjà plus de 1350 000 signatures, vous pouvez continuer de la signer ICI

A ce jour, la liste ci-dessous non exhaustive soulève de nombreuses interrogations quant à cette « réouverture progressive » :
- Sur la capacité des élèves à effectuer les gestes barrière, notamment pour les plus jeunes, et à respecter la distanciation sociale.
- Sur l’accueil des enfants en situation de handicap et leur accompagnement par les AESH ; Sachant que les AESH de par leurs missions, ne peuvent être qu’en contact étroit avec les élèves qu’ils accompagnent, il serait nécessaire de proposer une ASA aux personnels qui ne souhaitent pas reprendre par crainte pour leur sécurité personnelle ou de contaminer d’autres personnes.
La situation de handicap de certains élèves paraît très compliquée avec la mise en œuvre des gestes barrières. Quid des équipements ?
- Sur la responsabilité des personnels et particulièrement des directeur∙trices dans l’accueil des élèves en matière de santé.
- Sur les conditions d’hygiène à faire respecter par les collectivités territoriales notamment en matière de nettoyage des locaux : salles communes, salles informatiques, salle des maîtres et évidemment toilettes et lavabos mais également dans le cadre du périscolaire.
- Sur le nombre de lavabos présents en nombre très réduit dans certaines écoles et la superficie parfois très réduite de certaines salles de classe.
- Sur la situation des enseignant∙es – parents de plusieurs enfants scolarisés en GS-CP-CM2 et dans d’autres niveaux ainsi que sur la position de certains∙es assistant∙es maternelles qui indiquent déjà ne pas pouvoir reprendre les enfants d’enseignant∙es gardés avant le confinement.
- Sur la position de certaines familles qui indiquent déjà ne pas vouloir remettre leurs enfants à l’école.
- Sur l’accueil des groupes d’élèves : qui va déterminer quels seront les 15 enfants autorisés à venir à l’école ?
- Sur la « classe à distance » qui continuerait en même temps que la réouverture des écoles en effectifs réduits et pour certains niveaux. Comment les enseignant∙es vont-ils∙elles pouvoir assurer cette double voire triple charge de travail ?
Le Ministre indique qu’il faudra continuer à travailler à distance tout en assurant une présence à l’école. Les personnels n’ont pas le don d’ubiquité et ne pourront tenir tous les bouts.

La priorité doit être donnée à la santé. Toutes les garanties doivent être données lors de la réouverture des écoles et établissements.

Aussi, le SNUipp-FSU exige les garanties sanitaires suivantes avant toute reprise, même progressives de l’école :

- L’attribution d’autorisations spéciales d’absence à plein traitement pour les personnels qui devront garder leurs enfants.
- L’attribution d’autorisations spéciales d’absence à plein traitement pour les personnels « fragiles » ou qui ont des proches « fragiles ». Les personnels et élèves à risque en raison d’une pathologie doivent être exemptés de tout retour en présentiel.
- La limitation effective du nombre d’élèves au sein de chaque classe.
- La présence de masques pour les enseignant∙es, les autres personnels de l’Éducation Nationale voire des élèves si cela est nécessaire ainsi que du gel hydroalcoolique, du savon, des gants, de thermomètres dans toutes les écoles du département… C’est de la responsabilité de l’employeur, de l’Éducation Nationale, de fournir ce matériel de protection pour ses personnels.
- Le nettoyage de toutes les écoles, des espaces d’accueil périscolaire et de restauration avant la reprise et plusieurs fois par jours notamment des sanitaires à la réouverture des écoles.
- Les salles de classe ne peuvent permettre, dans leur configuration actuelle et leur taille, la distanciation entre les élèves. L’espacement entre les tables et un élève par table doivent faire partie des préconisations. La question se pose également pour les couloirs ou les cours de récréation.
- Aux abords des écoles, notamment aux arrêts de transports scolaires (et a sein de ces derniers), il importe de prévoir la mise en place des mesures nécessaires pour assurer cette distanciation.
- La banalisation de plusieurs journées sous la forme d’une pré-rentrée pour que les personnels puissent préparer en amont l’accueil de leurs élèves.
- La possibilité de tester les adultes et les élèves au-delà des personnes présentant des symptômes : tout personnel ayant un doute quant à son exposition doit avoir la possibilité de se faire dépister.
- Les personnels qui ont contracté le coronavirus (testés ou fortement présumés du fait des symptômes) ou qui pensent avoir été exposés, doivent avoir la garantie qu’ils et elles ne soient plus contagieux-ses.
- La poursuite simultanée d’une activité d’enseignement en présentiel sur l’ensemble du temps scolaire et de l’organisation de l’enseignement à distance est impossible et ne peut être demandée.
- Les conditions inégalitaires de l’enseignement à distance ont été tout particulièrement défavorables aux élèves des milieux populaires. Elles doivent donner lieu à une analyse capable d’identifier les moyens nécessaires notamment dans les zones d’éducation prioritaires pour compenser ces inégalités.

Les élu-es du SNUipp-FSU portent toutes ces questions aux CHSCT ministériels, académiques et départementaux.

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