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Apprentissage de la lecture : lettre aux parents et pétition

vendredi 27 janvier 2006

Lecture : une vision simpliste et réductrice

Le Ministre de l’Education vient de publier, comme il l’avait annoncé, sa circulaire sur l’apprentissage de la lecture.

Sans tenir compte des nombreux avis, appels, démentis des chercheurs, des professionnels, des enseignants et sans aucune concertation, le Ministre persiste dans sa vision caricaturale de l’apprentissage de la lecture, conçu comme un processus linéaire et purement technique.

Cet apprentissage ne prendrait que « quelques mois », et l’objectif se bornerait à ce qu’à la fin du CP, tous les élèves aient acquis « techniques et automatismes ».

Cet apprentissage nie tout simplement la complexité de l’apprentissage de la lecture, les apports de la recherche, la compétence des maîtres. Elle fait l’impasse sur l’entrée des enfants dans la culture de l’écrit, elle ignore l’importance du sens. C’est une vision réductrice et tronquée des programmes de l’école élémentaire, une vision simplificatrice de l’acte de lecture et par là, de la mission de l’école dans son ensemble.

Cette circulaire autoritaire, dont le ministre attend qu’elle doit être « mise en œuvre sans délai », ne va aider ni les élèves en réelle difficulté dans l’apprentissage de l’écrit, ni les enseignants qui, au quotidien, et sans attendre les ordres, travaillent à faire acquérir à tous les élèves « ce bagage indispensable qu’est la maîtrise de la lecture ».

Le ministre annonce d’ores et déjà l’allègement des programmes pour la rentrée 2006. Jusqu’où ira-t-il dans la réduction des missions de l’école ?

- Le SNUipp vous propose un modèle de lettre à destination des parents.

- D’autre part une pétition est signable en ligne : cliquez ici


LETTRE AUX PARENTS

Madame, Monsieur,

Le Ministre de l’Education Nationale vient de publier une circulaire sur l’apprentissage de la lecture, pour interdire les méthodes « globales » ou « semi-globales ». Les déclarations successives du Ministre ont fini par provoquer un sentiment d’inquiétude chez beaucoup de parents d’élèves : il est en effet légitime de vouloir que son enfant bénéficie des meilleures conditions d’apprentissage, et le Ministre laisse penser que ce n’est pas le cas actuellement !

Or, en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture, toutes les études montrent que cet enseignement s’est amélioré au fil des années, avec les apports de la recherche, la politique des cycles à l’école primaire, l’introduction de la littérature de jeunesse. Les programmes officiels de 2002, qui sont ambitieux, sont d’ailleurs le reflet de cette évolution.
Aujourd’hui, toutes les « méthodes » utilisées dans les classes respectent une progression rigoureuse de l’étude des sons ! Simplement, chaque équipe d’école, chaque collègue choisit son manuel, ses ouvrages de littérature de jeunesse, sa manière d’entrer dans ce que nous appelons la « culture de l’écrit ». Ce travail est déjà bien entamé à la maternelle où, conformément aux programmes, les enfants sont confrontés à toutes sortes d’écrits alors qu’ils ne savent pas encore les déchiffrer ! L’apprentissage de la lecture est réellement quelque chose de complexe qui ne peut pas se réduire à quelques recettes, à de la copie et des dictées de syllabes !

Il ne suffit pas de partir de la lettre puis du mot pour arriver à la compréhension d’une phrase. L’apprentissage de la lecture est un ensemble plus complexe.

Il est exact que trop d’enfants sont en échec scolaire, situation qui est insupportable aujourd’hui. Il est aussi exact que beaucoup de ces enfants ont de graves difficultés en lecture. Le Ministre a choisi d’accuser les méthodes utilisées par les maîtres. Nous pensons que cette attitude sert à masquer le manque de volonté réelle du Ministre de lutter contre l’échec scolaire. Nous avons d’autres pistes à explorer :
- la diminution des effectifs : comment expliquer que le Ministre choisisse d’augmenter les effectifs dans les classes encore à la rentrée prochaine en ne créant que 694 postes pour 34.000 élèves supplémentaires, soit un poste pour 50 élèves ?
- l’intervention dans toutes les écoles des personnels des réseaux d’aide aux élèves en difficulté, ce qui est loin d’être le cas actuellement ;
- la généralisation de l’expérimentation des CP à effectifs réduits bénéficiant d’un maître supplémentaire ;
- une formation continue digne de ce nom et permettant à tous les collègues d’avoir accès aux résultats de la recherche et d’améliorer leurs pratiques.

Aujourd’hui, les enseignants de l’école primaire sentent que leur travail n’est pas suffisamment reconnu : pourtant, ils font tout leur possible pour permettre la réussite de tous leurs élèves, en respectant les programmes. Conscients de l’importance de la maîtrise de la langue, ils mettent toutes leurs compétences à essayer de faire progresser tous les élèves, en particulier en lecture.

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